À l’approche du 19 septembre, date anniversaire du déclenchement de la rébellion ivoirienne de 2002, Guillaume Soro entend reprendre la main sur le récit d’un épisode qui continue de diviser les mémoires.
Depuis son exil, l’ancien chef des Forces nouvelles et ex-président de l’Assemblée nationale annonce l’organisation, chaque année à cette date, d’un colloque consacré aux origines de la rébellion.
La promesse a été faite le samedi 12 septembre 2026, lors d’une conférence publique diffusée sur les réseaux sociaux. Pour Guillaume Soro, il s’agit désormais de documenter et de défendre sa lecture des événements qui ont conduit, dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002, au soulèvement armé contre le pouvoir de Laurent Gbagbo.
Le patron de Générations et peuples solidaires (GPS), mouvement politique censuré en Côte d’Ivoire, est apparu vêtu d’un boubou noir. Une tenue loin d’être anodine dans le contexte des critiques dont il fait l’objet depuis plusieurs jours. Certains de ses détracteurs, notamment dans les rangs du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), l’ont récemment invité à rentrer au pays et à « porter le boubou », en référence aux accusations de discriminations liées au faciès et au patronyme sous le régime de la « refondation ».
« Nous n’allons pas oublier »
Guillaume Soro assure que son choix de privilégier pendant des années un discours tourné vers la réconciliation n’équivaut nullement à un reniement de son passé. « Nous nous sommes tus pour donner le temps à la réconciliation », explique-t-il, estimant que ce silence a parfois été interprété comme un aveu de culpabilité.
L’ancien dirigeant des Forces nouvelles rappelle d’ailleurs avoir lui-même publié un ouvrage intitulé Pourquoi je suis devenu un rebelle. Une manière, selon lui, de démontrer qu’il n’a jamais cherché à dissimuler son rôle dans les événements de 2002.
« Nous allons continuer à nous battre pour la réconciliation, pour la construction de la nation dans notre pays. Mais nous n’allons pas oublier », affirme-t-il. C’est dans cette perspective que GPS prévoit désormais un rendez-vous annuel autour du 19 septembre.
Le colloque devra, selon son initiateur, revenir sur les causes profondes de la crise, les circonstances du déclenchement de la rébellion et le rôle des différents protagonistes.
Bataille autour du récit de 2002.
Derrière cette initiative se dessine une bataille plus large autour de la mémoire de la crise ivoirienne. Soro refuse notamment le récit selon lequel la guerre aurait été déclenchée par un groupe de combattants isolés et sans véritable cause politique.« On veut nous faire croire que la guerre est venue comme ça parce qu’il y avait un troupeau de drogués, de fous, qui se sont levés et ont commencé à tirer dans le pays », dénonce-t-il.
Pour l’ancien chef rebelle, la durée de l’implantation des forces insurgées dans le nord du pays suffit à contester cette lecture. « Si c’était ça, rapidement on aurait été chassés du nord de la Côte d’Ivoire. Et pourtant, nous avons été dans ce pays », soutient-il.
Le propos intervient alors que les rapports entre Soro et une partie des responsables et militants du PPA-CI se sont récemment tendus. Plusieurs voix proches du parti reprochent à l’ancien président de l’Assemblée nationale son ton et certaines de ses déclarations sur les discriminations commises sous le régime de Laurent Gbagbo.
En annonçant ce colloque, Guillaume Soro semble donc vouloir transformer le 19 septembre en un rendez-vous politique et mémoriel. Une façon de reprendre la parole sur une séquence dont le récit reste disputé, alors que les principaux acteurs de la crise de 2002 continuent, plus de deux décennies après, de s’opposer sur ses causes, ses responsabilités et sa signification.
Maxime KOUADIO








