Dans une publication diffusée dimanche, Konan Kouadio Siméon (KKS), président d’Initiatives pour la paix (IPP) et ancien candidat à l’élection présidentielle, revient sur l’affaire judiciaire visant Justin Koné Katinan.
Pour lui, les poursuites engagées contre le responsable du PPA-CI ne doivent pas occulter une question plus ancienne : celle des responsabilités dans la rébellion de 2002. L’arrestation de Justin Koné Katinan, après des déclarations consacrées à l’orpaillage illégal, constitue, selon KKS, l’occasion de rouvrir le débat sur une période particulièrement sensible de l’histoire récente de la Côte d’Ivoire.
Le président d’IPP rappelle que la plainte initialement évoquée par le pouvoir portait sur des propos jugés diffamatoires, tenus lors d’une tribune consacrée à la position de son parti sur le phénomène de l’orpaillage. Selon lui, lors de cette intervention, Koné Katinan avait établi un lien entre l’essor de l’exploitation clandestine de l’or et certains réseaux issus de la rébellion qui a secoué le pays entre 2002 et 2011, tout en évoquant le « rôle historique » du RDR.
KKS s’interroge sur le télescopage entre les nouvelles charges judiciaires visant Koné Katinan et le contenu des propos à l’origine de la controverse.« Aurait-on délibérément laissé circuler un individu passible de telles accusations, mettant ainsi en péril la vie des Ivoiriens tout ce temps durant sans la moindre inquiétude pour la sécurité nationale ? », questionne-t-il.
Pour l’ancien candidat à la présidentielle, cette situation pose également la question de l’usage de la justice face aux voix critiques. Il estime que le débat sur la plainte pour diffamation ne doit pas faire disparaître celui, plus large, consacré aux responsabilités dans la crise ivoirienne. « Le dossier de cette plainte pour diffamation reste formellement en examen, le débat de substance, lui, vient de s’ouvrir devant le tribunal de l’Histoire », écrit-il.
Plus de quinze ans après le début de la rébellion, KKS considère que les interrogations sur ses origines, son financement et ses différents acteurs demeurent entières. Il plaide ainsi pour l’ouverture d’un processus de justice transitionnelle fondé, selon lui, sur la vérité, la repentance, le pardon et la réconciliation.
Pour sortir de ce qu’il décrit comme les « ténèbres » de la mémoire ivoirienne, KKS appelle à un examen sans tabou de la décennie de crise. Il estime que la réconciliation nationale restera incomplète tant que les responsabilités liées à la rébellion et à ses conséquences n’auront pas été clairement établies.Selon lui, les procédures judiciaires ne suffiront pas à faire disparaître les interrogations persistantes.
Il invite plutôt le pouvoir à privilégier un processus permettant d’établir les faits et de répondre aux questions qui continuent de traverser la société ivoirienne.« Si le RHDP souhaite définitivement laver son honneur et clore ce débat qui empoisonne la cohésion sociale, la solution la plus simple ne réside pas dans l’action pénale, mais dans le respect de ses propres promesses de vérité », affirme-t-il.
La question, poursuit-il, tient en trois interrogations : « Qui a conçu ? Qui a commandé ? Qui a financé ? »KKS voit enfin dans l’incarcération de Koné Katinan un possible avertissement adressé aux autres voix critiques du pouvoir. Il assure néanmoins mesurer les risques liés à sa propre prise de parole. « Pour l’avenir de la Côte d’Ivoire, le silence n’est plus une option », écrit-il, tout en affirmant ne pas vouloir défier l’autorité républicaine.
Son message se veut un appel à la prudence et à la recherche de la vérité historique. « À trop tirer sur la corde, elle finit par se casser », prévient-il, avant de conclure sur la nécessité, selon lui, d’éviter de transmettre aux générations futures les fractures non résolues du passé ivoirien.
Maxime KOUADIO







