La commémoration du 26e anniversaire des événements liés au charnier de Yopougon continue de susciter des réactions dans la classe politique ivoirienne. Dans une publication rendue publique ce lundi 2 novembre 2026, Marie Odette Lorougnon, cadre du Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), a vivement réagi aux propos du ministre de la Communication, Amadou Coulibaly, qu’elle accuse de faire une lecture sélective de l’histoire récente du pays.
Dans sa réponse, l’ancienne députée estime que le devoir de mémoire ne devrait pas se limiter aux événements de Yopougon. Elle reproche au porte-parole du gouvernement de passer sous silence les violences commises dans les territoires qui étaient sous le contrôle de la rébellion armée.
Pour étayer son argumentaire, Marie Odette Lorougnon a cité plusieurs localités, notamment Korhogo, Duékoué, Guitrozon, Bouaké, Sakassou et Man. Elle a évoqué les massacres de civils, les personnes qui auraient été enfermées dans des conteneurs jusqu’à leur mort ainsi que les familles qui, selon elle, attendent toujours que la lumière soit faite sur ces événements.
« Pourquoi ton devoir de mémoire s’arrête-t-il à Yopougon ? Pourquoi choisis-tu de raconter une partie de l’histoire ivoirienne en passant sous silence d’autres tragédies tout aussi atroces ? », a-t-elle interrogé, en s’adressant directement au ministre.
Pour la responsable du PPA-CI, toutes les victimes des différentes crises ivoiriennes doivent bénéficier de la même considération, indépendamment de leur appartenance politique ou du camp auquel elles étaient associées. Elle refuse ainsi que la mémoire des victimes soit utilisée comme un instrument de légitimation politique.
Les libertés politiques au cœur de la polémique
Marie Odette Lorougnon a également contesté les déclarations d’Amadou Coulibaly sur l’évolution de la situation politique depuis 2011. Le ministre avait affirmé que, depuis cette date, aucun Ivoirien n’était plus tué en raison de ses opinions politiques et que le pays vivait désormais dans une ère de liberté, de démocratie et de justice. Une appréciation que l’ancienne députée invite à confronter aux réalités nationales.
Selon elle, la démocratie ne se mesure pas uniquement à l’absence de coups de feu. Elle implique également le respect des libertés fondamentales, du droit de manifester pacifiquement et de la possibilité pour chaque citoyen d’exprimer librement ses opinions, y compris lorsqu’elles sont opposées à celles du pouvoir.
Odette Lorougnon considère, par ailleurs, que la réconciliation nationale ne peut être durable si certaines victimes sont mises en avant tandis que d’autres restent dans l’oubli. « Toutes les victimes méritent justice. Tous les morts méritent notre compassion. Tous les crimes doivent être reconnus et leurs responsabilités établies », a-t-elle soutenu.
L’acquittement de Laurent Gbagbo à la CPI
Dans sa sortie, Marie Odette Lorougnon a également évoqué le dossier de Laurent Gbagbo, ancien président ivoirien, transféré à la Cour pénale internationale (CPI) après la crise postélectorale de 2010-2011. Elle rappelle que l’ancien chef de l’État a passé près de dix ans devant cette juridiction avant d’être acquitté des accusations portées contre lui.
Pour la cadre du PPA-CI, cet épisode judiciaire devrait conduire ses adversaires politiques à accepter pleinement sa présence dans son pays.« Supportez et acceptez sa présence dans son pays, la Côte d’Ivoire ! », a-t-elle lancé à l’endroit d’Amadou Coulibaly.
Pour terminer, Marie Odette Lorougnon a rejeté toute tentative d’appropriation politique de l’histoire nationale. « L’histoire n’est pas une propriété du RDR alias RHDP. La mémoire des victimes n’appartient à aucun parti. Et la vérité ne saurait être sélective ! », a-t-elle martelé.
Cette nouvelle prise de position illustre les divergences persistantes entre les acteurs politiques ivoiriens autour de la lecture des crises passées, de la reconnaissance des victimes et des conditions d’une réconciliation nationale fondée sur la vérité et la justice.
Maxime KOUADIO








