La rébellion de septembre 2002 continue de nourrir le débat politique ivoirien. Dans une publication mise en ligne dimanche, l’ancien député de Biankouma, Kando Soumahoro, proche de Guillaume Soro, conteste l’idée selon laquelle l’ancien chef rebelle devrait porter à lui seul la responsabilité de cette crise politico-militaire.
« Une seule personne peut-elle porter une rébellion ? », interroge d’emblée l’ancien parlementaire. Une question qui lui sert de point de départ pour revenir sur le rôle attribué à Guillaume Soro dans les événements de 2002.
Selon Kando Soumahoro, présenter la rébellion comme l’œuvre d’un seul homme relève d’une lecture trop simplifiée de l’histoire. « Est-ce qu’un seul homme, à 30 ans, peut prendre les armes, occuper 60 % du pays pendant huit ans, seul ? Non », écrit-il.
« Une rébellion n’est jamais l’affaire d’un seul homme »
Dans son argumentaire, le proche de Guillaume Soro insiste sur le caractère collectif d’une insurrection armée. Il évoque notamment les milliers de combattants mobilisés, les motivations politiques avancées à l’époque ainsi que les soutiens et les complicités dont aurait bénéficié la rébellion.
Pour lui, cette dimension collective pose la question de la responsabilité individuelle aujourd’hui attribuée à Guillaume Soro. « Pourquoi aujourd’hui, on veut faire porter à une seule personne le poids de toute une histoire collective ? », demande-t-il. Kando Soumahoro va plus loin en mettant en avant la situation actuelle de l’ancien président de l’Assemblée nationale. Il estime qu’il existe une contradiction entre le fait de considérer la rébellion comme un épisode collectif et celui de faire peser ses conséquences politiques et judiciaires principalement sur Soro.
Le débat intervient alors que Guillaume Soro demeure en exil et que son rôle dans la crise de 2002 reste au cœur des controverses politiques ivoiriennes. L’ancien chef de la rébellion a, ces dernières années, reconnu une part de responsabilité dans cette période et exprimé des regrets.
Le « courage » d’assumer
Dans sa publication, Kando Soumahoro présente justement cette reconnaissance comme un élément central de son raisonnement. Il affirme que Guillaume Soro a eu « le courage » de dire « J’assume » et de demander pardon.
L’ancien député oppose cette démarche à celle de ceux qui, selon lui, auraient bénéficié politiquement de la crise sans en avoir assumé publiquement la responsabilité.« On a gardé tous ceux qui ont bénéficié de la crise, et on a chassé celui qui a eu le courage de dire avec responsabilité “J’assume ma part” et qui a demandé pardon », soutient-il.Une comparaison familiale accompagne son propos : « Quand un enfant a le courage de dire “Papa, c’est moi qui ai cassé le verre”, est-ce qu’on chasse seulement cet enfant de la maison et on garde ceux qui se cachent ? »
Entre justice et réconciliation
Kando Soumahoro affirme toutefois ne pas chercher la vengeance ni vouloir désigner nominativement les autres acteurs de la crise. Il dit plutôt défendre une conception de la responsabilité qui, selon lui, devrait s’appliquer à l’ensemble des protagonistes.« Si on veut la vraie réconciliation, on ne peut pas punir un seul pour une faute collective. On doit s’asseoir, et chacun doit assumer sa part », écrit-il.
L’ancien député pose alors une alternative : soit la rébellion est considérée comme un crime, auquel cas, estime-t-il, les responsabilités de tous les participants doivent être examinées ; soit elle est analysée comme une faute politique collective liée à un contexte d’exclusion, auquel cas une démarche de pardon collectif devrait être privilégiée.
« Mais on ne peut pas faire les deux à la fois : dire que c’est un crime collectif et punir une seule personne », affirme-t-il.
Cette prise de position s’inscrit dans le prolongement des déclarations de Kando Soumahoro sur la question de la rébellion et de Guillaume Soro. En septembre, l’ancien député avait déjà salué la demande de pardon formulée par son leader à l’occasion du 24e anniversaire du déclenchement de la crise de 2002.
« La vérité pour tous, le pardon pour tous »
Tout en assumant son soutien à Guillaume Soro, Kando Soumahoro assure vouloir dépasser la défense d’un homme. « Je ne défends pas un homme. Je défends une logique », affirme-t-il.
Son message se conclut par un nouvel appel à la réconciliation, articulé autour de deux exigences : la vérité et le pardon.« On ne construit pas la paix en exilant celui qui a dit “J’assume” pendant qu’on garde à la maison ceux qui n’ont jamais assumé », estime-t-il, avant de terminer : « Si on veut la paix, il faut la vérité pour tous, et le pardon pour tous. »
La déclaration intervient quelques semaines après la libération de Kando Soumahoro, qui a recouvré la liberté le 14 août 2026 après avoir purgé deux années de détention.
Maxime KOUADIO








