Le débat public ivoirien continue de susciter des prises de position. Dans son traditionnel « billet de la semaine », publié lundi 5 octobre, Me N’Dry Claver, avocat au barreau de Côte d’Ivoire, membre de l’ équipe de défense de Charles Blé Goudé à la Haye, a choisi de s’intéresser au rôle des intellectuels dans la vie politique et sociale du pays.
L’avocat déplore ce qu’il considère comme une tendance de certains intellectuels à analyser les questions d’intérêt national à travers le prisme de leur appartenance politique. Une situation qu’il juge préoccupante pour la qualité du débat public.« Il y a une caractéristique, et c’est malheureux, de nos intellectuels : ils réfléchissent, ils analysent les situations, souvent d’intérêt national, en fonction de leur appartenance à un parti politique », écrit-il.
Une critique des réflexes partisans
Pour Me N’Dry Claver, l’engagement politique ne devrait pas conduire les intellectuels à défendre systématiquement les positions de leur camp. Il estime qu’une voix intellectuelle doit pouvoir conserver une capacité de jugement indépendante, y compris lorsqu’il s’agit de critiquer ceux auxquels elle est politiquement proche.
L’avocat dit ainsi regretter de voir certaines personnalités défendre « avec une conviction étonnante » des positions qui, selon son appréciation, devraient pourtant susciter la critique.Il pose alors une question centrale : qui mérite réellement, aujourd’hui, le titre d’intellectuel ?« Où trouver ces femmes et ces hommes qui possèdent ces qualités essentielles pour penser de manière critique, autonome, libre et rigoureuse, face aux idées, aux dérives et aux grands enjeux de notre société ? », s’interroge-t-il.
« Une conscience libre »
Dans son billet, Me N’Dry Claver défend une conception de l’intellectuel comme une « conscience libre » et une « voix courageuse ». Il appelle ceux qui prennent part au débat public à résister aux « séductions partisanes », aux calculs politiques et aux réflexes de chapelle.
Pour lui, la liberté de pensée constitue une condition essentielle de l’engagement intellectuel.« Peut-on penser un intellectuel sans une liberté de pensée et d’opinion ? », questionne-t-il. C’est dans ce contexte qu’il lance sa formule la plus forte : « Arrêtez ces réflexions alimentaires. »
L’avocat invite ainsi les intellectuels à « s’élever au-dessus des contingences politiques, des fidélités aveugles et des intérêts égoïstes », afin de retrouver ce qu’il présente comme leur première responsabilité : contribuer à éclairer le débat national.
Dire la vérité, même à son propre camp
Me N’Dry Claver ne limite pas son interpellation à une critique des prises de position partisanes. Il appelle également les intellectuels à assumer leur rôle auprès de l’opinion publique.« Mes chers intellectuels, éclairez-nous. Éclairez le peuple ivoirien qui marche dans les ténèbres », écrit-il. Il estime que la Côte d’Ivoire a besoin de personnalités capables de défendre leurs convictions sans se laisser enfermer par leur appartenance politique.« Elle a surtout besoin de femmes et d’hommes capables de dire la vérité, même lorsqu’elle déplaît à leur propre camp », poursuit-il.
« Par la Justice et la Vérité »
L’avocat lie cette liberté de pensée à la construction du vivre-ensemble et au progrès collectif.« Si vous n’êtes plus sel et lumière, vous êtes devenus …. Et cela est grave pour la nation », écrit-il, avant d’appeler les intellectuels à contribuer au « véritable vivre ensemble par le progrès pour tous et le bonheur pour chacun ».
Son message se termine par une référence à deux principes qu’il place au cœur de cette responsabilité : « la Justice et la Vérité ».
Maxime KOUADIO







