Le président de l’ADCI conteste la position de l’exécutif sur la demande de dialogue politique formulée par l’opposition. Il estime que la dissolution de la Commission électorale indépendante (CEI), motivée selon lui par un déficit de confiance, devrait conduire à une concertation sur les modalités de création de la future institution.
Au lendemain de la demande de dialogue politique formulée par plusieurs partis et mouvements de l’opposition, Assalé Tiémoko a vivement réagi à la position exprimée par le gouvernement ce mercredi. Dans une publication diffusée mercredi 14 octobre, le président de l’Alternative citoyenne ivoirienne (ADCI) met en cause la cohérence de l’argumentaire de l’exécutif.
La veille, des formations politiques de l’opposition avaient appelé à l’ouverture d’un dialogue national sur le futur organe électoral. Interrogé sur cette requête à l’issue du Conseil des ministres du mercredi, le porte-parole du gouvernement, Amadou Coulibaly, a rappelé que les partis avaient été invités à déposer leurs propositions auprès du ministère de l’Intérieur. Après examen de ces contributions, le gouvernement élaborera un texte qui sera soumis à l’Assemblée nationale.
Cette démarche ne convainc pas Assalé Tiémoko. Pour lui, la dissolution de la CEI, présentée comme une réponse à la crise de confiance entourant l’institution, devrait logiquement conduire à associer les acteurs politiques aux discussions sur la réforme.« On ne peut pas dissoudre une institution au nom d’une crise de confiance et refuser ensuite le dialogue au nom de l’absence de crise », fait-il valoir.
La confiance, au centre du débat
Le président de l’ADCI fonde sa critique sur les justifications avancées autour de la disparition de la CEI. Selon son analyse, la décision de dissoudre cette institution traduit la nécessité de rétablir la confiance entre les acteurs politiques, la société civile et l’organisme chargé de l’organisation des élections.
Dès lors, estime-t-il, la consultation des partis ne saurait se limiter à la transmission de propositions au ministère de l’Intérieur. Elle devrait également leur permettre de participer aux échanges sur les orientations retenues et les caractéristiques du futur dispositif électoral.« Le dialogue réclamé par l’opposition n’est pas une faveur. C’est la conséquence logique de la décision prise par le gouvernement lui-même », soutient-il.
À ses yeux, demander aux formations politiques de formuler des recommandations sans les associer aux discussions sur le contenu final de la réforme risque de réduire leur contribution à un exercice formel, plutôt qu’à une véritable recherche de consensus.
L’argument de l’absence de crise contesté
La réaction d’Assalé Tiémoko intervient après les explications d’Amadou Coulibaly sur la méthode choisie par l’exécutif. Le porte-parole du gouvernement s’est notamment appuyé sur les conclusions du dernier dialogue politique, qui avaient établi, selon lui, que la Côte d’Ivoire n’était plus un pays en crise et que ses institutions étaient installées et fonctionnelles.
Dans cette logique, les questions relevant des compétences d’une institution doivent être soumises à celle-ci. Le gouvernement considère ainsi que le ministère de l’Intérieur est l’interlocuteur approprié pour recueillir et examiner les propositions relatives à l’organisation des élections.
Assalé Tiémoko rejette toutefois le raisonnement qui consiste à lier la tenue d’un dialogue à l’existence d’une crise nationale. Pour lui, la concertation politique ne doit pas intervenir uniquement lorsque les tensions sont déjà installées. Elle constitue selon lui un moyen de les prévenir et de consolider la confiance dans les institutions.
Le spectre d’une réforme sans consensus
Au-delà de la procédure, le responsable de l’ADCI pose la question de la légitimité du futur organe électoral. Il estime qu’une réforme conduite sans une participation effective des partis politiques et de la société civile pourrait reproduire les facteurs de défiance qui ont conduit à la dissolution de la CEI.
Il appelle ainsi l’exécutif à faire un choix entre une construction concertée de la future institution et une démarche menée sans véritable discussion avec les acteurs concernés. Selon lui, la première option favoriserait l’adhésion des parties prenantes, tandis que la seconde exposerait le nouveau dispositif aux mêmes contestations.« On ne reconstruit pas la confiance en demandant aux acteurs de se taire. On ne crée pas le consensus en l’écartant des discussions », affirme-t-il.
Pour Assalé Tiémoko, « la confiance ne se légifère pas. Elle se construit. Et sa première pierre s’appelle le dialogue. ».
Alors que le gouvernement entend poursuivre l’examen des propositions reçues avant de transmettre son texte au Parlement, la question de la place accordée à l’opposition dans l’élaboration de la réforme demeure au cœur des divergences. L’enjeu est désormais de déterminer si la procédure retenue par l’exécutif permettra de répondre aux attentes des acteurs qui réclament une refonte du système électoral fondée sur une confiance partagée.
À ce stade, une divergence saute à l’ oeil. Elle met en évidence deux approches de la réforme : celle d’un processus conduit par les institutions compétentes, défendue par le gouvernement, et celle d’une concertation politique élargie, réclamée par une partie de l’opposition.
Maxime KOUADIO








