À l’heure où la Côte d’Ivoire réfléchit à la future architecture de son organe électoral, Simone Ehivet Gbagbo défend une rupture avec le modèle actuel. Invitée par l’Observatoire ivoirien des droits de l’homme (OIDH), la présidente du Mouvement des générations capables (MGC) a présenté, mardi 15 septembre, sa proposition pour une structure qu’elle veut totalement indépendante des partis et du gouvernement.
La réforme de l’organe chargé d’organiser les élections s’invite une nouvelle fois dans le débat politique ivoirien. Au siège de l’OIDH, à Abidjan, Simone Ehivet Gbagbo a exposé sa vision devant des représentants d’organisations de la société civile, des étudiants en droit et des diplomates étrangers.
L’objectif de cette rencontre était notamment de réfléchir à « la nouvelle architecture du futur organe électoral », selon un membre de l’organisation.
Pour l’ancienne Première dame, le futur dispositif doit rompre avec toute forme de représentation politique. « Nous croyons que la meilleure forme est une structure effectivement indépendante, qui ne comprend aucun représentant de parti politique, aucun membre du gouvernement », a-t-elle déclaré.
Treize membres, issus de la société ivoirienne
Dans le schéma présenté par la présidente du MGC, le futur Haut Conseil électoral serait composé de 13 membres. Sa composition ferait une large place aux organisations de la société civile et aux différentes composantes de la société ivoirienne.
Deux représentants des organisations de défense des droits de l’homme y siégeraient, aux côtés d’un représentant de la chefferie, du patronat, du monde paysan, des médias et du corps syndical. Un enseignant-chercheur et deux experts électoraux compléteraient le dispositif.
Simone Gbagbo souhaite que ces personnalités soient choisies pour leur crédibilité, leur compétence et leur expérience. Elles devraient être âgées de 36 à 75 ans et, surtout, ne jamais avoir appartenu à un parti politique.« Seulement des personnes dont la neutralité est avérée et qui n’ont jamais été membres d’un parti politique », a-t-elle insisté, évoquant également la nécessité de disposer de personnalités capables de prendre leurs décisions « sans corruption ».
Une procédure de sélection en plusieurs étapes
La proposition prévoit également un mécanisme particulier pour désigner les membres du Haut Conseil électoral. Chaque corps appelé à participer à sa composition devrait proposer trois à quatre personnalités considérées comme crédibles.
À l’Assemblée nationale, une commission spéciale réunissant deux représentants de chaque groupe parlementaire serait ensuite chargée de réceptionner les candidatures et de mener des investigations sur les profils retenus. Le processus s’achèverait par une nomination par décret du chef de l’État.
Face aux interrogations sur la capacité de la Côte d’Ivoire à trouver suffisamment de personnalités répondant à ces critères, Simone Gbagbo s’est voulue rassurante. Selon elle, le pays dispose en son sein de citoyens capables d’assumer une telle responsabilité avec neutralité.
L’opposition appelée à parler d’une seule voix
La rencontre a également donné lieu à des échanges sur l’état de l’opposition ivoirienne. Plusieurs participants ont regretté ses divisions, estimant qu’elles l’empêchent de porter une position commune sur la réforme électorale.Simone Gbagbo a, sur ce point, assuré que les discussions se poursuivent entre les différentes composantes de l’opposition.« Les discussions sont en cours pour une proposition unique », a-t-elle affirmé.
La présidente du MGC a par ailleurs marqué sa distance avec la proposition du Premier ministre en faveur d’une structure à trois têtes, estimant que celle-ci manque encore de précisions.« Nos soucis ne sont pas exprimés par cette proposition », a-t-elle déclaré. Avant d’ajouter : « Si l’objectif du gouvernement est de réactiver le ministère de l’Intérieur, nous ne sommes pas sur la même longueur d’onde. ».
Pour Simone Gbagbo, la réforme doit avant tout tirer les leçons des précédentes crises électorales. « Il faut se démarquer du gouvernement et des partis politiques qui sont juges et partis dans cette affaire », a-t-elle soutenu.
Alors que le débat sur la refonte du système électoral se poursuit, la proposition du MGC ajoute ainsi une nouvelle pièce aux discussions engagées autour de la future gouvernance des élections en Côte d’Ivoire.
Maxime KOUADIO








