À l’Institut national de formation des agents de santé (INFAS), la prévention entend désormais sortir du cadre des campagnes ponctuelles. L’établissement a lancé, mercredi 7 octobre à Abidjan, la troisième édition de son « trimestre de la santé », une initiative qui se poursuivra jusqu’au 31 décembre et qui associe trois rendez-vous de santé publique : le cancer du sein en octobre, le cancer de la prostate en novembre et le VIH en décembre.
L’opération ne se limitera pas aux locaux de l’institut. Elle doit toucher la communauté INFAS, mais aussi les populations rencontrées dans les marchés et lors des stages communautaires des étudiants. Abidjan et les sept antennes de l’établissement à l’intérieur du pays sont concernées.
Pour la direction de l’INFAS, l’enjeu est moins de multiplier les messages que d’installer de nouveaux réflexes. « Trois mois pour réfléchir, trois mois pour sensibiliser et surtout renforcer notre engagement collectif en faveur de la santé », a résumé la directrice générale, le professeur Méliane N’Dhatz-Ebagnitchié épouse Sanogo.
Le dépistage comme premier réflexe
Le premier temps fort de cette édition coïncide avec Octobre Rose. Des opérations de sensibilisation seront organisées dans des marchés, notamment auprès des vendeuses et des clientes. L’INFAS prévoit également des séances de dépistage destinées à son personnel, aux étudiants et aux épouses des agents.
La campagne doit notamment permettre de promouvoir l’auto-palpation du sein et d’orienter vers des structures spécialisées les personnes chez lesquelles une anomalie serait identifiée. Des examens complémentaires, dont la mammographie, sont prévus dans le cadre du dispositif.
Pour les responsables de l’initiative, la prévention ne peut toutefois être crédible si elle ne commence pas par les professionnels et futurs professionnels de santé eux-mêmes. Une partie du programme vise donc à faire du dépistage et de la sensibilisation des pratiques familières au sein de l’INFAS.
Des étudiants appelés à devenir des relais
C’est l’un des enjeux majeurs de cette troisième édition : utiliser la formation des futurs agents de santé pour prolonger la campagne bien au-delà de décembre. Les étudiants de l’INFAS sont régulièrement appelés à effectuer des stages dans les communautés, notamment en milieu rural. Ces périodes doivent également devenir des occasions de transmettre les messages de prévention.
L’objectif est qu’ils soient capables non seulement de réaliser certains gestes de prévention, mais aussi de les expliquer aux populations. L’auto-palpation du sein fait partie de ces apprentissages.« Il faut que ça devienne un automatisme chez eux-mêmes », a insisté l’un des responsables du programme, estimant que les futurs agents de santé doivent pouvoir intégrer ces réflexes dans leur pratique quotidienne.
Novembre, le tour des hommes
Après le cancer du sein, l’INFAS changera de registre en novembre avec un mois consacré à la santé masculine, et plus particulièrement au cancer de la prostate.Une grande marche est annoncée, accompagnée de conférences destinées à rappeler l’importance du dépistage.
L’institut souhaite ainsi donner davantage de visibilité à une maladie qui, selon les organisateurs, reste encore insuffisamment abordée dans les actions de sensibilisation.Le dispositif doit également permettre de promouvoir le dosage du PSA auprès des publics concernés.Le VIH, dernier volet du trimestreEn décembre, place au VIH.
Les activités prévues comprendront des conférences, des séances de sensibilisation et une semaine culturelle. La lutte contre la stigmatisation occupera une place importante dans ce dernier volet. L’INFAS défend une approche qui ne cloisonne pas les problématiques de santé. Le dépistage du VIH doit ainsi rester un réflexe, y compris lorsque l’attention est portée sur d’autres pathologies.
Cette logique explique le choix de réunir les trois thématiques au sein d’une même campagne : faire de la prévention un comportement continu plutôt qu’un rendez-vous limité à un mois donné.
Une troisième édition appelée à s’inscrire dans la durée
Présidente du comité d’organisation, la docteure Godo-Solo, épouse Djahi Marie-Michelle, gynécologue-obstétricienne, estime que cette édition doit permettre de consolider les acquis des deux précédentes.« Quand on commence quelque chose, il faut aller en s’améliorant », a-t-elle déclaré, en évoquant l’introduction de nouvelles activités dans le programme de cette année.
L’INFAS s’appuie pour cette campagne sur plusieurs partenaires intervenant dans la lutte contre le VIH et les cancers, ainsi que sur des services spécialisés de radiologie, de gynécologie et de cancérologie et des laboratoires.
Au-delà du calendrier arrêté jusqu’au 31 décembre, la direction de l’institut veut surtout inscrire la prévention dans les habitudes de ses étudiants et de ses personnels. Avec une conviction résumée par la directrice générale : « Se faire dépister, c’est se donner une chance de vivre. Sensibiliser, c’est protéger. Soutenir, c’est accompagner. »
Le « trimestre de la santé » entend ainsi servir de point de départ à une mobilisation appelée à se poursuivre dans les communautés, au fil des formations et des stages des futurs agents de santé.
M.K








