La rébellion de septembre 2002 continue de diviser les mémoires en Côte d’Ivoire. Vingt-quatre ans après le déclenchement de cette crise armée, Mamadou Traoré, conseiller politique de Guillaume Soro, entend revisiter son héritage. Dans une publication diffusée ce mercredi, il répond à ceux qui estiment que cette insurrection n’a rien apporté de positif au pays.
« Ils sont nombreux, ces compatriotes qui nous gardent, Guillaume Soro et ses lieutenants que nous sommes, une profonde rancœur », écrit-il. Selon lui, ses détracteurs considèrent que la rébellion a surtout contribué à ouvrir la voie à l’accession d’Alassane Ouattara au pouvoir, au détriment du régime alors en place.
Pour Mamadou Traoré, cette lecture ne saurait toutefois résumer à elle seule le bilan de la période. « Pour beaucoup, cette aventure n’a rien apporté de bon à notre chère Côte d’Ivoire », reconnaît-il, tout en affirmant comprendre l’amertume de ceux qui portent encore un regard critique sur l’action des Forces nouvelles et de leurs dirigeants.
Le conseiller de Guillaume Soro avance plusieurs évolutions qu’il rattache au changement politique consécutif à la crise de 2002. Il cite notamment les infrastructures réalisées au cours des dernières années, estimant que le tournant politique engagé avec la rébellion a contribué à créer les conditions de leur développement.
« Si une grande partie de nos concitoyens s’enorgueillit aujourd’hui des grandes infrastructures qui modernisent notre pays, qui ont désenclavé des villes et des régions de ce pays, sachons reconnaître qu’elles sont aussi le fruit direct du changement politique amorcé par notre engagement », soutient-il.
Mamadou Traoré évoque également le déblocage des salaires des fonctionnaires ivoiriens, qu’il présente comme l’aboutissement d’une revendication longtemps restée en suspens sous les différentes présidences ivoiriennes. Il cite enfin la revalorisation du Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG), y voyant une autre conséquence des transformations politiques engagées à partir de cette période.
« Quand le SMIG est revalorisé après des décennies de stagnation, qui peut nier que cette transformation sociale a été rendue possible par les choix politiques issus de cette période ? », interroge-t-il.
Au-delà des acquis économiques et sociaux, le conseiller de Guillaume Soro insiste sur une dimension identitaire. Il estime que la crise de 2002 a également contribué à modifier le regard porté sur les populations originaires du Nord de la Côte d’Ivoire.
« Aujourd’hui, mes parents du Nord n’ont plus à raser les murs ni à prouver leur appartenance à cette nation à chaque barrage », affirme-t-il. Il évoque une population désormais capable, selon lui, « d’arborer fièrement leurs boubous, de se rendre à la mosquée le cœur léger et de marcher la tête haute dans leur propre pays ».
Pour Mamadou Traoré, cette « dignité retrouvée » constitue l’un des acquis du combat mené par Guillaume Soro et ses compagnons.
Le conseiller politique ne nie toutefois pas les dérives qui ont accompagné cette histoire. Il reconnaît l’existence de « défaillances », citant notamment les atteintes aux droits de l’homme, les dérives dans la gouvernance et les entorses à l’idéal démocratique.
« La grandeur d’une démarche réside aussi dans la lucidité de ses défaillances », écrit-il, assurant que le camp Soro ne ferme pas les yeux sur « les ombres » de cette période.
Il rappelle dans ce contexte la rupture intervenue en février 2019 entre Guillaume Soro et le RHDP. Selon lui, cette décision répondait à la volonté de ne pas être associé aux dérives qu’il reproche à la gouvernance issue du changement politique de 2002.
« C’est précisément pour refuser d’être complices ou comptables de ces déviations que nous avons pris nos responsabilités et rompu avec le RHDP et ses animateurs en février 2019 », affirme-t-il.
Pour Mamadou Traoré, la rébellion ne peut donc être réduite à un épisode exclusivement négatif de l’histoire contemporaine ivoirienne. Il estime que le mouvement armé a participé à une transformation politique dont les effets continueraient, selon lui, de se faire sentir.
« Si la gestion de l’État avait été fidèle aux aspirations de justice et de rassemblement que nous portions, si elle avait guéri définitivement les fractures de l’ivoirité et des crises passées, notre pays serait aujourd’hui pleinement apaisé », écrit-il.
Et de conclure : « La rébellion ne peut être réduite à un bilan à charge. Elle a été un sacrifice traversé d’ombres, mais aussi un moteur de transformations profondes dont chaque Ivoirien bénéficie aujourd’hui, d’une manière ou d’une autre. »
Maxime KOUADIO








