Le phénomène des « gnambros » refait surface dans le débat public ivoirien. L’ancien préfet d’Abidjan appelle les autorités à ne pas fermer les yeux sur les pratiques de racket et de violence qui gangrènent, selon lui, certaines gares routières de la capitale économique ivoirienne. Dans une publication mise en ligne le 16 août sur sa page Facebook, Vincent Toh Bi Irié revient sur les opérations de sécurisation menées sous son mandat et s’interroge sur la résurgence de ces acteurs informels du transport.
Pour illustrer la gravité de la situation, l’ancien administrateur évoque plusieurs scènes auxquelles il dit avoir été confronté en 2019. À Koumassi, raconte-t-il, des membres d’un groupe rival auraient tué l’un des leurs avant de traîner son corps sur plusieurs dizaines de mètres dans une rue, dans ce qui s’apparentait à un message de dissuasion adressé aux autres bandes. La même année, Vincent Toh Bi affirme avoir été témoin, dans les environs d’une gare routière, de l’agression d’une femme qui refusait de s’acquitter du traditionnel « droit de sol ». Une somme de 200 francs CFA par bagage que certains acteurs imposeraient aux voyageurs avant que leurs effets personnels ne soient descendus des véhicules.
Pour l’ancien préfet, ces pratiques illustrent un système de racket qui s’est progressivement installé autour de certaines activités de transport. Il rappelle également la mort, en 2019, d’un jeune gendarme à Yopougon, qu’il relie à des violences impliquant des « gnambros ».

Face à cette situation, Vincent Toh Bi explique avoir entrepris, à l’époque, de rassembler des informations issues à la fois de sources officielles et de renseignements de terrain. Avec les éléments collectés, des opérations de sécurisation avaient alors été lancées dans plusieurs gares routières et zones liées au transport à Abidjan. La Gendarmerie nationale, puis la Police nationale, avaient été mobilisées en première ligne. Selon son récit, ces opérations avaient permis de rétablir l’ordre dans plusieurs communes, notamment à Koumassi et Yopougon. Des centaines de personnes avaient été interpellées et plusieurs groupes démantelés.
L’ancien préfet affirme également que les réseaux concernés généraient d’importantes sommes d’argent grâce aux prélèvements opérés sur les transporteurs et les usagers. Il décrit une organisation qu’il qualifie de « mafieuse », reposant sur des revenus tirés du racket quotidien. Vincent Toh Bi assure que les opérations avaient rapidement produit des effets. En quelques semaines, écrit-il, les membres de ces groupes auraient considérablement réduit leur présence dans les espaces publics. Certains auraient même choisi de se reconvertir et de rejoindre des organisations professionnelles de transporteurs. L’ancien préfet souligne par ailleurs le soutien reçu à l’époque de plusieurs syndicats du secteur. Selon lui, leurs responsables venaient régulièrement à son bureau pour saluer les mesures prises contre des pratiques auxquelles ils affirmaient être confrontés depuis plusieurs décennies.
Six ans après ces opérations, son constat est cependant beaucoup plus préoccupant. « Apparemment, les gnambros sont de retour et en très bonne forme », écrit-il, faisant état de leur présence dans certaines gares routières et aux entrées des villes. Derrière cette alerte, l’ancien préfet pose une question plus large sur la responsabilité des pouvoirs publics : pourquoi les autorités disposant de leviers administratifs, institutionnels et sécuritaires laisseraient-elles prospérer des phénomènes susceptibles, selon lui, de fragiliser progressivement l’autorité de l’État ? Pour Vincent Toh Bi Irié, la question du transport ne se résume donc pas à celle des gares ou des syndicats. Elle touche à la capacité de l’État à faire respecter l’ordre public et à protéger les populations contre les formes de racket et de violence qui peuvent s’installer durablement dans l’espace urbain.
M.K








