Dans une interview rendue publique ce jeudi 1er octobre par Actupeople, le maire de Marcory et vice-président du PDCI-RDA, Aby Raoul, revient sans détour sur les principaux épisodes qui ont marqué la vie de l’opposition ivoirienne ces derniers mois. Front commun avec le PPA-CI, choix du boycott électoral, exil de Tidjane Thiam et sorties médiatiques du président du PDCI : l’élu livre sa lecture d’une séquence politique encore pleine de tensions.
Le Front commun entre le PDCI-RDA et le PPA-CI n’aura pas résisté aux divergences stratégiques qui traversent l’opposition ivoirienne. Pour Aby Raoul, cette alliance répondait d’abord à une décision politique de la direction du PDCI-RDA, qui avait estimé nécessaire de travailler avec le parti de Laurent Gbagbo pour mener le combat politique.« La haute direction de notre parti a décidé que, pour mener ce combat-là, il fallait s’allier avec le PPA-CI », explique-t-il.
Le vice-président du PDCI assure toutefois ne pas avoir été au cœur du dispositif de cette alliance. Il dit avoir surtout exécuté les mots d’ordre de son parti à Abidjan, notamment lors des mobilisations.
Les tensions apparues au sein du Front commun ne l’étonnent donc qu’à moitié. Interrogé sur les déclarations publiques de Dia Houphouët, qui avaient suscité l’irritation du PPA-CI, Aby Raoul rappelle que les propos d’un responsable du parti ne constituent pas nécessairement la position officielle de celui-ci.« Un vice-président d’un parti ne parle pas au nom du parti », souligne-t-il, estimant que les divergences doivent pouvoir être exprimées, mais que certaines choses gagnent à être discutées en privé lorsqu’il existe une alliance politique.
Le boycott électoral, une occasion manquée
Autre sujet de divergence : la participation aux élections législatives. Alors que le PPA-CI avait choisi de ne pas prendre part au scrutin, le PDCI-RDA a décidé de présenter des candidats. Sur ce point, Aby Raoul assume une position personnelle claire. Il n’est pas favorable au boycott des élections.« Je pense que le boycott des élections n’est pas une bonne chose pour un parti politique », affirme-t-il.
Pour lui, même dans un environnement politique difficile, la présence dans les institutions permet à l’opposition de faire entendre la voix de ses électeurs. L’élu regrette surtout l’absence d’une stratégie commune. « Si on était allés ensemble, je pense que l’opposition aurait eu plus de députés », avance-t-il. Selon lui, une participation conjointe du PDCI-RDA, du PPA-CI et des autres formations de l’opposition aurait pu permettre de renforcer leur représentation à l’Assemblée nationale. Il estime ainsi que l’opposition aurait pu disposer d’une force parlementaire suffisamment importante pour contribuer à un meilleur équilibre politique.
Deux alliances, un même objectif
Aby Raoul revient également sur la coexistence du Front commun et de la CAP-CI, deux cadres de rapprochement auxquels le PDCI-RDA a participé. Pour lui, cette stratégie traduisait la volonté du parti de Tidjane Thiam de rapprocher les différentes composantes de l’opposition. Le problème, estime-t-il, est que le dernier niveau de rassemblement n’a pas fonctionné.« Les partis de gauche n’arrivent pas encore à parler de même voix », constate-t-il.
Tidjane Thiam et les erreurs qui ont pesé
C’est sur Tidjane Thiam que le discours d’Aby Raoul devient le plus direct. Aby Raoul évoque notamment la question de la nationalité française de Tidjane Thiam, devenue un obstacle dans son parcours politique ivoirien. « Il n’y a pas d’homme politique qui ne commet pas d’erreur », rappelle-t-il, estimant que l’expérience doit permettre au président du PDCI de tirer les enseignements des épisodes traversés.
L’exil de Tidjane Thiam constitue un autre point sensible de l’entretien. Alors que cette situation nourrit les interrogations dans le débat politique ivoirien, Aby Raoul estime que le public ne dispose pas nécessairement de tous les éléments. « Un homme politique ne va pas en exil de son propre vouloir », affirme-t-il. L’élu considère que Thiam peut détenir des informations que ses détracteurs ne connaissent pas. Il rappelle également que plusieurs figures de la vie politique ivoirienne ont connu l’exil au cours de leur parcours.
Pour lui, le président du PDCI doit surtout rester résilient, continuer à parler à ses militants et maintenir le cap politique du parti. En revanche, Aby Raoul refuse de confirmer les informations faisant état d’éventuels engagements pris entre Tidjane Thiam et Alassane Ouattara lors d’une rencontre entre les deux hommes.« Je n’ai pas d’élément là-dessus, je ne me prononce pas », répond-il, appelant à la prudence face aux confidences rapportées.
La sortie de Thiam face à Ouattara
Autre épisode évoqué. L’interview au cours de laquelle Tidjane Thiam s’était exprimé de manière particulièrement virulente à l’égard du pouvoir et d’Alassane Ouattara. Aby Raoul reconnaît que le ton employé par le président du PDCI avait été inhabituellement dur. « L’interview a été un peu excessive », admet-il. Mais il refuse d’en faire une affaire définitive. Selon lui, Tidjane Thiam a pu réagir sous l’effet de la pression accumulée. « On a senti qu’il était aussi un peu excédé par la situation qu’il vivait », explique-t-il.
Pour Aby Raoul, cet épisode doit surtout être considéré comme une étape dans la construction politique de Tidjane Thiam. L’homme politique devra, selon lui, tirer les enseignements de ces expériences et affiner progressivement sa posture.
Au fil de l’entretien, Aby Raoul a dressé le tableau d’une opposition ivoirienne encore divisée entre plusieurs stratégies : alliances ponctuelles, participation ou boycott électoral, candidatures communes et initiatives séparées. Le PDCI-RDA a tenté de jouer un rôle de trait d’union entre plusieurs formations, mais cette stratégie n’a pas encore permis de faire émerger une plateforme politique commune durable.
Pour Aby Raoul, l’enjeu reste donc de parvenir à dépasser les divergences entre les différents partis afin de construire un rapport de forces plus équilibré. Dans cette équation, Tidjane Thiam devra lui aussi tirer les leçons d’un début de parcours politique marqué par les controverses, l’exil et les tensions avec le pouvoir. Aby Raoul, lui, veut croire que ces épreuves peuvent contribuer à forger le président du PDCI et à renforcer sa capacité à conduire le parti dans la durée.
Maxime KOUADIO








