La nouvelle campagne cacaoyère s’ouvre dans un climat de tension. Dans un communiqué daté d’Abidjan et rendu public ce vendredi, Ahoua Don Mélo, ex-candidat malheureux à la présidentielle d’octobre 2025 et ancien cadre du PPA-CI s’inquiète de la situation du secteur, pilier de l’économie ivoirienne.
Le prix bord champ fixé à 1 200 F CFA le kilogramme constitue, selon lui, le révélateur d’une crise qui dépasse largement la seule question de la rémunération des planteurs.
« Le secteur du cacao ivoirien, poumon de l’économie nationale, retient son souffle », écrit l’ancien cadre du PPA-CI, qui met en parallèle le nouveau prix avec celui de 2 800 F CFA/kg arrêté pour la campagne principale 2025-2026. Cette baisse intervient alors que les cours internationaux avaient atteint des sommets l’année précédente.
Dans son communiqué, Ahoua Don Mélo revient sur la forte correction des cours mondiaux. Il rappelle qu’en octobre 2025, le prix ivoirien avait été fixé à 2 800 F CFA le kilogramme alors que les cours mondiaux dépassaient les 13 000 dollars la tonne.
La nouvelle tarification représente ainsi, selon son analyse, une baisse de près de 60 %. L’ancien responsable politique du PPACI décrit cette évolution comme une « chute vertigineuse des cours » et estime qu’elle met à nu les fragilités structurelles du modèle cacaoyer ivoirien.
Cette situation alimente également la colère des producteurs. Moussa Koné, président du Syndicat national agricole pour le progrès (Synap-CI), a qualifié le prix de 1 200 F CFA de « honteux » et demandé notamment la démission du directeur général du Conseil du Café-Cacao. Face à ces critiques, l’Organisation interprofessionnelle agricole (OIA) défend pour sa part un prix qu’elle juge « raisonnable », compte tenu de la conjoncture internationale.
Mais c’est surtout la gestion du fonds de réserve qui nourrit les interrogations formulées par Ahoua Don Mélo. Créé en 2011 afin d’amortir la volatilité des cours, ce mécanisme devait être alimenté par les écarts entre les prix à l’exportation et ceux du marché. Or, estime l’ancien cadre du PPA-CI, ce fonds aurait disparu au moment même où la filière en aurait le plus besoin. « Un audit s’impose : qui doit le décider ? Et surtout, à qui profite ce fonds de réserve ? », s’interroge-t-il dans son communiqué.
Le document évoque un fonds spécial de 291 milliards de F CFA, dont la gestion suscite, selon son auteur, des interrogations. Don Mélo pointe notamment l’absence de traces de ces ressources dans le budget ou dans les rapports des organes de contrôle de l’État.
À Abengourou, les producteurs ont notamment tiré la sonnette d’alarme face à l’importance des stocks invendus. Pour Don Mélo, le paradoxe est désormais manifeste : le cacao bénéficie d’un prix officiel, mais une partie de la production peine à trouver preneur. L’État a certes mobilisé une partie du fonds de réserve pour tenter de désengorger le marché, mais cette réponse ne semble pas, selon lui, suffire à régler le problème.
Autre conséquence de la crise : le risque d’une intensification de la contrebande vers le Ghana voisin. Dans son communiqué, Ahoua Don Mélo relève l’écart croissant entre les prix pratiqués dans les deux pays. Le sac de 64 kg se négocierait autour de 100 euros en Côte d’Ivoire, contre plus du double au Ghana. « Cet écart a inversé le flux de la contrebande », observe-t-il, soulignant que les fèves ivoiriennes seraient désormais introduites clandestinement au Ghana.
Pour l’ancien candidat à la présidentielle, cette situation démontre les limites de l’harmonisation des politiques de prix entre les deux principaux producteurs de cacao de la région. Au-delà de l’urgence liée au prix bord champ, Ahoua Don Mélo plaide pour une remise en cause du modèle économique de la filière.
La Côte d’Ivoire fournit environ 40 % de la production mondiale de cacao et le secteur représenterait 17 % du PIB national. Pourtant, le pays ne capterait que 6 % de la valeur ajoutée mondiale. Un paradoxe que l’ancien cadre du PPA-CI résume par une formule : le modèle est « à bout de souffle ».Sa réponse : accélérer la transformation locale.
L’objectif affiché par les acteurs de la filière est de parvenir à transformer 100 % de la production nationale d’ici à 2030. Pour Don Mélo, cette mutation doit également concerner les producteurs eux-mêmes. Il préconise de passer du statut de simple planteur à celui d’« entrepreneur agro-industriel », notamment au sein de coopératives capables de participer davantage à la création de valeur.
Dans cette perspective, l’ancien cadre du PPA-CI estime que la Côte d’Ivoire doit sortir d’un modèle hérité des premières décennies de son économie cacaoyère. « Il ne manque que le changement du “logiciel” de 1960 », écrit-il, considérant que les réalités économiques et humaines de 2026 ne sont plus celles des premières années de développement de la filière.
Le potentiel existe, estime-t-il, notamment grâce à une nouvelle génération issue des familles de producteurs et désormais davantage diplômée.
Maxime KOUADIO








