Quelques jours après le démarrage annoncé des contrôles de la facturation normalisée électronique, le Président du Conseil d’administration de la Fédération nationale des acteurs du commerce de Côte d’Ivoire (FENACCI), Farikou Soumahoro, veut structurer la riposte du secteur privé. À la faveur d’une conférence de presse tenue ce samedi 05 septembre à Adjamé, il a annoncé la création de l’Observatoire national de la facturation normalisée électronique (ON-FNE), présenté comme un outil de veille, d’analyse et de proposition auprès du gouvernement.
En effet, la réforme de la facturation normalisée électronique entre dans une phase décisive en Côte d’Ivoire. Dans un communiqué publié le 21 août, la Direction générale des impôts (DGI) annonçait le lancement, à compter du 1er septembre 2026, des contrôles relatifs à l’utilisation de la facture normalisée électronique (FNE) et du reçu numérique électronique (RNE) sur l’ensemble du territoire national.
Pour la FENACCI, cette échéance soulève de nombreuses interrogations, notamment dans les espaces commerciaux et auprès des petits opérateurs économiques évoluant dans l’informel. C’est dans ce contexte que Farikou Soumahoro, PCA de la FENACCI et député-maire d’Adjamé, a annoncé la création de l’Observatoire national de la facturation normalisée électronique (ON-FNE). L’objectif, explique-t-il, est de disposer d’un instrument capable de suivre la mise en œuvre de la réforme, de recueillir les difficultés rencontrées sur le terrain et surtout de faire remonter des propositions aux pouvoirs publics. « Nous allons sillonner l’ensemble du territoire avec les organisations de commerçants », a-t-il indiqué, précisant que l’initiative doit permettre de recueillir les préoccupations des opérateurs économiques avant de les porter dans le cadre des discussions avec la DGI.
Un observatoire né d’une inquiétude
La création de l’ON-FNE intervient alors que la FENACCI estime qu’une partie importante des commerçants n’est pas suffisamment préparée à cette mutation technologique. Farikou Soumahoro affirme avoir mené des enquêtes sur le terrain et constate que « beaucoup de nos membres ne savent pas ce que c’est que la facture normalisée électronique ». La situation serait particulièrement préoccupante dans les marchés où l’accès à l’électricité, à Internet ou aux équipements informatiques demeure limité. Le cas du Forum d’Adjamé est cité comme exemple. Selon le député-maire, ce vaste espace commercial connaît des difficultés de couverture réseau. « Un commerçant du Forum, s’il doit faire une facture normalisée électronique, qu’est-ce qu’il va faire ? », interroge-t-il.

La problématique se pose également dans les localités rurales où certains commerces ne disposent pas encore d’un accès régulier à l’électricité. Pour la FENACCI, la généralisation du dispositif doit donc être accompagnée d’une véritable politique de sensibilisation, de formation et d’accompagnement. Cette préoccupation explique, selon Farikou Soumahoro, la raison d’être de l’ON-FNE. A savoir observer la réforme depuis le terrain pour en mesurer les effets réels sur le commerce ivoirien, et disposer d’une force de proposition face au gouvernement.
De la facture papier à la facture électronique, un combat qui remonte à 2005
Pour Farikou Soumahoro, cette prise de position ne constitue pas une découverte de dernière minute. Le responsable de la FENACCI revendique une implication dans le dossier depuis l’introduction de la facture normalisée dans la législation ivoirienne. La mesure apparaît en 2005, dans le cadre de la loi de finances. À l’époque, explique-t-il, les commerçants découvrent une disposition à laquelle ils ne sont pas préparés.
Alors secrétaire général de la section FENACCI d’Adjamé, Soumahoro crée le Syndicat national des commerçants et opérateurs économiques de Côte d’Ivoire, plus connu sous le nom de « Collectif ». L’organisation engage alors un mouvement de protestation destiné, selon son initiateur, non pas à contester le principe de la loi, mais à empêcher son application dans des conditions que les commerçants jugeaient impraticables.
Lors d’une rencontre avec l’ancien président Laurent Gbagbo, Soumahoro dit avoir résumé ainsi sa position : « Nous ne sommes pas contre les lois du pays, mais nous sommes contre l’application de ces lois » lorsque les acteurs concernés n’en maîtrisent pas le contenu. La mobilisation aboutit à l’ouverture d’une concertation avec la DGI et à une campagne d’information à travers le pays. Plusieurs aménagements sont alors obtenus, dont la mise en place de factures normalisées pré-imprimées et la possibilité de recourir à des imprimeurs agréés.
Les acquis revendiqués par le « Collectif »
Parmi les principales avancées citées par Farikou Soumahoro figure également la prise en compte des petits commerçants. Le dispositif initial, explique-t-il, n’était pas adapté aux réalités des opérateurs ne disposant pas d’une comptabilité structurée. La question du compte contribuable du client aurait également été revue afin d’éviter que des commerçants soient pénalisés pour des informations qu’ils ne pouvaient matériellement pas obtenir. Autre conséquence de cette période de concertation : la création des Centres de gestion agréés (CGA). Leur vocation était notamment d’accompagner les petits opérateurs dans la tenue de leur comptabilité et dans leur intégration progressive au système formel.

Pour Soumahoro, ces structures auraient pu permettre de mieux préparer le passage actuel au numérique si le processus d’accompagnement avait été poursuivi avec suffisamment de constance. « Si cet aspect-là avait été vraiment respecté, aujourd’hui, au moment où on bascule dans la facturation électronique, beaucoup de nos commerçants […] seraient prêts », estime-t-il.
Le responsable de la FENACCI conserve néanmoins un regret : le non-respect, selon lui, d’un engagement pris à l’époque concernant le reversement aux associations de commerçants d’une quote-part issue de la vente des factures normalisées.
Une nouvelle étape, avec le reçu numérique électronique
Vingt et un ans après l’introduction de la facture normalisée, le dispositif change d’échelle. La réforme actuelle conserve les mécanismes existants, tout en introduisant notamment le reçu numérique électronique, qui concerne potentiellement une frange beaucoup plus large de petits commerçants. C’est précisément cette extension qui inquiète la FENACCI. Pour Soumahoro, les petits opérateurs, notamment ceux qui évoluent dans les marchés et dans l’informel, doivent être au cœur de la réflexion.
Le 31 août, à la veille du début annoncé des contrôles, la FENACCI avait demandé la suspension de l’opération afin de permettre une concertation avec les acteurs concernés. La centrale syndicale invoquait notamment les difficultés économiques accumulées depuis la pandémie de Covid-19, la crise russo-ukrainienne, les tensions géopolitiques et les différentes hausses du prix du carburant. La fédération rappelle également avoir adressé deux demandes d’audience au Premier ministre Robert Beugré Mambé, les 23 janvier et 19 février 2026, afin de lui exposer ses préoccupations. Elle affirme ne pas avoir reçu de réponse à ces courriers à la date de la conférence de presse.
« Une force de proposition » auprès de l’État
L’ON-FNE entend désormais combler une partie de ce déficit de données et de dialogue. L’observatoire devra recueillir les réalités vécues par les commerçants, identifier les difficultés techniques et opérationnelles et alimenter les discussions avec l’administration fiscale. Farikou Soumahoro insiste sur la nécessité de disposer de données permettant d’évaluer les effets de la réforme sur l’écosystème commercial ivoirien. Combien de commerçants ont été effectivement préparés ? Combien disposent des outils nécessaires ? Quels sont les obstacles rencontrés dans les marchés et les zones rurales ? Quel impact la mutation numérique aura-t-elle sur les petits opérateurs ? Autant de questions auxquelles l’ON-FNE veut apporter des réponses à partir du terrain.
Pour animer cette nouvelle structure, le PCA de la FENACCI a désigné Lamine Ouattara, président du Conseil fédéral des commerçants de Côte d’Ivoire (CFC-CI) et présenté comme le point focal de la facture normalisée. L’initiative marque ainsi une nouvelle séquence dans un dossier que Farikou Soumahoro présente comme l’un de ses combats historiques. En 2005, il s’agissait d’éviter que les commerçants ne soient confrontés à une réglementation qu’ils ne maîtrisaient pas. En 2026, le défi est différent : accompagner leur passage au numérique sans que la modernisation de l’outil fiscal ne se transforme en nouvel obstacle pour les acteurs les plus fragiles du commerce ivoirien. L’ON-FNE se veut précisément le lieu où ces préoccupations pourront être documentées, analysées et portées devant les pouvoirs publics.
Maxime KOUADIO








