Dans une tribune publiée ce lundi 2 novembre, Konan Kouadio Siméon, dit KKS, ancien candidat à l’élection présidentielle de 2015, s’en prend à la gouvernance d’Alassane Ouattara. Revenant sur la récente intervention du chef de l’État à Genève, devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC), il dénonce les difficultés persistantes d’insertion professionnelle des jeunes, les limites du système éducatif et la réponse des autorités face à l’émigration irrégulière.
Intitulée « Le crépuscule des patriarches : l’aveu de Genève et le devoir de compassion républicaine », cette tribune constitue une critique sévère du bilan du président ivoirien. Pour KKS, les déclarations faites par Alassane Ouattara devant l’auditoire international révèlent les difficultés auxquelles le pays reste confronté, malgré les performances économiques régulièrement mises en avant par le pouvoir.
L’ancien candidat malheureux à la présidentielle de 2015 s’attarde notamment sur la réponse du président à une question portant sur l’héritage qu’il entend laisser à la jeunesse et aux générations futures. Il retient trois éléments : les difficultés à créer des emplois, les limites du modèle éducatif hérité de la France et la volonté des autorités de solliciter des pays du Maghreb pour freiner les départs de jeunes Ivoiriens.
Sur le premier point, Konan Kouadio Siméon estime que la reconnaissance présidentielle des difficultés liées à la création d’emplois confirme ses critiques sur les statistiques officielles du chômage. Il considère que les chiffres publiés ne traduisent pas suffisamment la réalité du marché du travail, notamment dans le secteur informel.
Il relève également que le chef de l’État aurait reconnu les limites du système français d’enseignement, qu’il juge davantage orienté vers les formations littéraires. Une observation que KKS estime tardive après quinze années de gouvernance.
La politique migratoire au cœur des critiques
C’est toutefois sur la question de l’émigration que l’ancien candidat se montre le plus virulent. Il dénonce la démarche attribuée au gouvernement ivoirien, qui aurait sollicité le Maroc, la Tunisie et l’Algérie pour instaurer des visas à l’endroit des ressortissants ivoiriens.
Pour KKS, cette approche ne s’attaque pas aux causes profondes du phénomène migratoire. Il estime que la réponse devrait plutôt passer par la création de véritables perspectives économiques, la lutte contre le favoritisme et une meilleure gestion des dépenses publiques.« On ne guérit pas le désespoir d’une génération en lui offrant de l’avenir, on gère sa détresse en demandant à des pays tiers de transformer la patrie en un enclos », écrit-il.
L’opposant pointe également ce qu’il considère comme une contradiction dans le discours présidentiel. Il s’interroge sur la possibilité de présenter la Côte d’Ivoire comme un pays prospère tout en reconnaissant que des jeunes sont prêts à risquer leur vie pour rejoindre d’autres horizons.« Si les enfants d’une maison s’enfuient par les fenêtres au péril de leur vie, c’est que la maison brûle, quelle que soit la beauté esthétique des murs extérieurs », illustre-t-il.
KKS s’inquiète de l’état des dirigeants politiques
Au-delà du bilan économique et social, Konan Kouadio Siméon critique également la forme de l’intervention présidentielle à Genève. Il décrit une prestation au cours de laquelle Alassane Ouattara aurait éprouvé des difficultés à trouver ses mots et à articuler certaines de ses idées.
Cette séquence lui rappelle les dernières années de plusieurs figures de la vie politique ivoirienne, notamment Félix Houphouët-Boigny, Henri Konan Bédié et Laurent Gbagbo. L’ancien candidat dénonce, à cet égard, le rôle de certains entourages politiques qui, selon lui, encourageraient les dirigeants à se maintenir au pouvoir pour préserver des intérêts partisans.
« Ces hommes d’État s’entêtent parce qu’un entourage aux intérêts mesquins leur répète quotidiennement qu’ils sont irremplaçables, les transformant en remparts sacrificiels pour protéger des privilèges partisans », affirme-t-il.
Il s’interroge ainsi sur la responsabilité de ces cercles d’influence dans la prolongation des mandats politiques, au détriment, selon lui, du renouvellement de la classe dirigeante.
Un plaidoyer pour un dialogue national inclusif
Konan Kouadio Siméon estime que le véritable héritage d’un chef d’État ne doit pas se mesurer uniquement aux infrastructures réalisées ou aux indicateurs macroéconomiques. Il plaide pour une République apaisée, reposant sur des institutions dépolitisées et un mécanisme de transition permettant à tous les citoyens de bénéficier des mêmes chances.
Dans cette perspective, il renouvelle son appel à l’organisation d’un Dialogue national inclusif, qu’il considère comme une réponse nécessaire aux attentes des Ivoiriens.« Quand au crépuscule d’une gouvernance, le gouvernant ne sait pas dire ce qu’il laisse en héritage, c’est qu’il n’y en a pas », soutient-il.
Le président d’Initiatives pour la paix (IPP) et de la COPADA termine sa tribune par une formule qui résume son positionnement politique : « Le parti d’accord, mais la patrie d’abord ! »
Maxime KOUADIO








