Dans une tribune adressée aux Ivoiriens et rendue publique ce mardi, Guillaume Soro, ancien président de l’Assemblée nationale et ex-Premier ministre, revient sur sa conception de la réconciliation nationale. Il défend une paix fondée sur le « désarmement des cœurs », le pardon, la justice et la vérité.
Selon lui, la fin des affrontements armés ne suffit pas à garantir une paix durable. « La paix véritable ne commence pas lorsque les armes se taisent, mais lorsque les cœurs cessent de préparer la prochaine guerre », écrit-il.
Le désarmement doit donc, à ses yeux, concerner également les sentiments de « peur, d’humiliation, de ressentiment » et de « vengeance ». Soro rappelle que cette notion de « désarmement des cœurs » figurait déjà dans son livre Pourquoi je suis devenu un rebelle, publié en 2005. Il y défendait notamment l’idée que chaque Ivoirien puisse se sentir pleinement chez lui partout dans le pays.
Une conception du pardon
L’ancien Premier ministre revient également sur sa demande publique de pardon du 13 avril 2007. « La guerre a fait beaucoup de mal à notre pays. Nous en sommes tous responsables à des degrés divers », rappelle-t-il, avant de reprendre la formule prononcée à l’époque : « Je demande pardon pour tous et au nom de tous. »Pour Soro, cette démarche relevait à la fois d’une responsabilité personnelle et institutionnelle. Il précise toutefois qu’elle ne constitue pas une reconnaissance de culpabilité pénale et ne saurait se substituer au travail de la justice. Il développe ainsi le concept de « pardon ontologique », qu’il présente comme une conception personnelle fondée sur la faillibilité de l’être humain. « Nul n’est parfait, nul n’est absolument quitte envers autrui », estime-t-il.
Justice, vérité et mémoire
Guillaume Soro insiste sur le fait que le pardon ne doit être assimilé ni à l’oubli ni à l’impunité. « Il ne ferme pas le dossier de la justice ; il ferme la route de la vengeance », écrit-il.Sa conception du pardon repose sur cinq exigences : « la vérité », « la justice », « la mémoire », « la réparation » et « la liberté de la victime ». Il estime notamment que les responsabilités doivent être établies individuellement et que les victimes doivent rester au centre du processus de réconciliation.Il rappelle également son discours prononcé à Bouaké le 30 juillet 2007, lors de la cérémonie de la Flamme de la paix, au cours duquel il avait demandé pardon aux familles des victimes. Il y appelait les Ivoiriens à « consumer en [leurs] cœurs, le désir de la haine et de la vengeance ».
L’humilité comme condition de la paix
Dans sa tribune, l’ancien chef des Forces nouvelles développe par ailleurs la notion d’« humilité ontologique ». Celle-ci consiste, selon lui, à renoncer à la prétention de détenir seul la vérité ou l’innocence dans une crise collective.« L’humilité n’est pas la faiblesse. Elle est la force de renoncer à l’illusion d’avoir toujours raison », affirme-t-il. Cette disposition doit permettre, selon lui, de favoriser le compromis et d’éviter le retour aux extrémismes.
Guillaume Soro conclut en défendant une réconciliation qui ne repose ni sur l’effacement du passé ni sur la vengeance. « Parce que l’être humain est faillible, il doit être humble ; parce que la faute blesse la communauté, elle doit être reconnue ; parce que la nation doit survivre à ses déchirements, la justice doit remplacer la vengeance », écrit-il.
Pour l’ancien président de l’Assemblée nationale, la paix durable en Côte d’Ivoire passe ainsi par un changement des consciences autant que par la fin des conflits. « Le désarmement des armes peut être ordonné par un accord. Le désarmement des cœurs ne peut naître que d’une conversion », conclut-il.
Maxime KOUADIO







