La plainte déposée par le RHDP contre Justin Katinan Koné dans le sillage de ses déclarations sur l’orpaillage clandestin vise également Laurent Gbagbo. Dans une déclaration rendue publique ce jeudi 10 septembre à Abidjan, le PPA-CI dénonce une procédure qu’il considère comme une offensive politique contre son président.
Selon la direction du parti d’opposition, l’ancien chef de l’État et président du PPA-CI est directement visé par une plainte déposée le 7 septembre auprès du procureur de la République par Ibrahim Cissé Bacongo, secrétaire exécutif du RHDP.
La procédure fait suite aux propos tenus, le 3 septembre, par Justin Katinan Koné, quatrième vice-président du PPA-CI, lors d’une conférence de presse consacrée à l’orpaillage clandestin.
Au nom de son parti, l’ancien ministre avait mis en cause la responsabilité du pouvoir RHDP dans la persistance de ce phénomène, qu’il avait notamment relié aux conséquences de la crise politico-militaire de 2002. C’est à la suite de cette sortie que Cissé Bacongo a saisi la justice, mettant en cause Justin Katinan Koné ainsi que Laurent Gbagbo pour diffamation.La convocation de Katinan Koné, le 9 septembre, a donné lieu à une nouvelle étape dans cette affaire.
Accompagné par la direction du PPA-CI, le responsable politique s’est présenté à la préfecture de police, où les enquêteurs lui ont indiqué que les faits qui lui étaient reprochés relevaient de la diffamation, des injures et de la diffusion de fausses nouvelles.
Ses avocats ont toutefois contesté la procédure, invoquant le statut d’ancien ministre de leur client et les dispositions de la loi de 2005 qui, selon eux, imposeraient une saisine préalable de la Cour de cassation avant toute audition dans une procédure judiciaire.
Le dossier s’est alors élargi. D’après le PPA-CI, les enquêteurs ont fait état, sur instruction du procureur, d’une autre accusation portant sur un supposé trouble à l’ordre public en lien avec l’élection présidentielle d’octobre 2025.Katinan Koné a ainsi été maintenu en garde à vue dans la nuit du 9 au 10 septembre.
Son audition devait reprendre ce jeudi à 14 heures, selon ses avocats.Pour le PPA-CI, cette évolution change la nature de l’affaire. Le parti estime qu’une plainte initialement présentée comme une démarche du RHDP s’est transformée en une procédure à caractère politique.
Au-delà du cas Katinan Koné, c’est donc le nom de Laurent Gbagbo qui se retrouve désormais au centre de cette bataille judiciaire. Le PPA-CI considère que la mise en cause de son président traduit une volonté de s’attaquer directement à la direction politique du parti.
Dans sa déclaration, le parti affirme que le pouvoir chercherait ainsi à « criminaliser toute parole politique de l’opposition » et dénonce ce qu’il qualifie d’instrumentalisation de la justice à des fins politiques.Le PPA-CI rejette également l’idée selon laquelle ses prises de position sur l’orpaillage constitueraient une infraction.
Pour la formation de Laurent Gbagbo, dénoncer la gestion des ressources naturelles et interpeller les autorités sur les conséquences de l’exploitation clandestine relève au contraire du débat démocratique.
Le parti assure par ailleurs que plus d’un millier de ses militants seraient détenus sans jugement depuis plusieurs années et dénonce un « harcèlement judiciaire » visant ses cadres et ses militants.Dans sa déclaration, la direction du PPA-CI replace cette nouvelle confrontation dans l’histoire politique ivoirienne.
Elle rappelle que Laurent Gbagbo et ses compagnons ont combattu le système du parti unique et contribué, selon elle, à l’avènement du multipartisme.« Aucun recul historique ne sera donc toléré », affirme le parti, qui accuse le RHDP de vouloir réduire l’opposition au silence.
Le PPA-CI exige par conséquent l’arrêt des procédures engagées contre Katinan Koné et assure qu’il se réserve la possibilité de saisir des organisations nationales et internationales de défense des droits fondamentaux.
La plainte déposée par Cissé Bacongo ouvre ainsi un nouveau front entre le pouvoir et le camp de Laurent Gbagbo. Alors que l’affaire porte officiellement sur des propos relatifs à l’orpaillage clandestin, la mise en cause du président du PPA-CI confère désormais au dossier une dimension politique plus large, susceptible de raviver les tensions entre le pouvoir et l’opposition à l’approche des prochaines échéances politiques.
Maxime KOUADIO








