Alors que Franklin Nyamsi animait, samedi, une conférence publique de près de trois heures, diffusée sur les réseaux sociaux autour du thème : « Méritocratie et traditions africaines : rupture ou continuité ? », Guillaume Soro a fait une irruption remarquée dans les échanges.
Depuis son exil, l’ancien chef du Parlement ivoirien a choisi de répondre directement à ceux qui l’invitent, sur un ton ironique, à « venir porter le boubou » en Côte d’Ivoire. Une formule qu’il juge loin d’être anodine. Pour Soro, derrière cette pique se cache un discours identitaire dont les conséquences ont déjà été lourdes pour la Côte d’Ivoire. « Ils pensent, en disant : “Soro, viens porter le boubou”, m’incommoder ou m’embarrasser. Mais, ils se trompent », a-t-il lancé à Franklin Nyamsi.
Selon lui, ses détracteurs ne mesurent pas qu’en s’attaquant à sa personne de cette manière, ils renouent avec « le discours qui a fait tant de mal à la Côte d’Ivoire ». Guillaume Soro estime ainsi que le débat dépasse largement sa propre personne. Le boubou, rappelle-t-il, n’est pas l’apanage d’une communauté ivoirienne. Il renvoie aussi, selon lui, à une identité culturelle partagée par de nombreux Africains, notamment au Mali et au Burkina Faso. « En pensant attaquer Guillaume Soro, ils sont en train de se moquer de la blessure de millions d’Ivoiriens », a-t-il affirmé, estimant que ce type de rhétorique risque de réveiller les vieux clivages qui ont longtemps traversé la société ivoirienne.
L’ancien Premier ministre évoque également les échanges qu’il dit avoir avec certains de ses proches originaires du Nord du pays. Ceux-ci, rapporte-t-il, seraient déçus du président Alassane Ouattara, mais continueraient de lui apporter leur soutien par crainte de voir revenir au pouvoir des acteurs politiques qu’ils associent à un risque de représailles. Une situation que Soro juge révélatrice de la persistance des réflexes identitaires dans le débat politique ivoirien.
Le leader de Générations et peuples solidaires (GPS) dénonce surtout ce qu’il considère comme une résurgence des discours ayant alimenté les tensions politiques et communautaires en Côte d’Ivoire. « Il y a eu en Côte d’Ivoire un délit de faciès, de patronyme. Ce n’est pas résoudre le problème. C’est prendre le risque de le répéter et de l’aggraver », a-t-il martelé. Pour Soro, l’ironie autour du boubou est donc loin d’être une simple provocation politique. Elle pourrait, estime-t-il, conforter chez une partie de la population l’idée que certains adversaires politiques constituent une menace pour leur identité ou leur sécurité. Il reproche ainsi à ses détracteurs de jouer, sans même être au pouvoir, sur les mêmes ressorts qui ont contribué aux fractures du passé. « Vous êtes en train de menacer des gens par des propos de ce type », a-t-il lancé. Cette intervention intervient dans un contexte particulier pour Guillaume Soro.
L’ancien président de l’Assemblée nationale a annoncé son intention d’observer prochainement une période de silence politique de plusieurs mois. « Comme je vais faire une cure de silence pendant plusieurs mois, j’ai pensé que ce serait utile de te laisser la parole », a-t-il expliqué à Franklin Nyamsi, non sans ironie. Un retrait annoncé qui donne à cette sortie une tonalité particulière.
Soro semble vouloir laisser, avant son silence, un dernier message à ceux qui continuent de le provoquer sur son identité et ses origines : le débat, estime-t-il, ne devrait pas porter sur le boubou qu’il porte ou non, mais sur la capacité des acteurs politiques ivoiriens à dépasser les blessures identitaires du passé.Car derrière la polémique vestimentaire, l’ancien chef du Parlement voit surtout le risque d’un retour des vieux démons ivoiriens.
Maxime KOUADIO








