À Somana, dans la région du Worodougou, les festivités du Maouloud ont réuni samedi 5 septembre de nombreux habitants, cadres, élus et autorités coutumières et religieuses. La journée a également été marquée par l’inauguration de l’établissement sanitaire de la localité.
Mais derrière la célébration religieuse et l’ouverture de cette nouvelle infrastructure, un autre sujet s’est invité dans les discours : la bataille d’influence qui serait en train de se dessiner entre plusieurs responsables politiques du Worodougou, notamment entre le ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, chargé de l’Intégration africaine et des Ivoiriens de l’extérieur, Adama Dosso, et le ministre conseiller auprès de la présidence, Bouaké Fofana, président du Conseil régional.
Face aux rumeurs persistantes faisant état d’une « guéguerre » entre les deux hommes, Adama Dosso a choisi de répondre publiquement. Et plutôt que de nier l’existence de divergences, il a cherché à les replacer dans le cadre normal des rapports politiques et familiaux.
« Bouaké Fofana reste mon grand frère. Il n’existe aucune ambiguïté entre lui et moi », a-t-il affirmé, rappelant connaître Bouaké Fofana bien avant son entrée au gouvernement et avant que celui-ci ne devienne ministre ou président du Conseil régional.
Adama Dosso insiste surtout sur l’ancienneté de leur relation. « Nous avons des liens presque familiaux », explique-t-il, évoquant notamment la femme qui a élevé Bouaké Fofana, qu’il présente comme une sœur.
Pour le ministre délégué, les responsabilités politiques peuvent naturellement créer des divergences de vues. « Il peut y avoir des grincements de dents et des malentendus », reconnaît-il, estimant que ces différences sont inhérentes à la vie d’une communauté et à l’exercice des responsabilités.
Mais elles ne doivent pas, selon lui, être transformées en affrontement. « Je n’ai jamais été en conflit avec lui, je ne suis pas en conflit avec lui et je n’essaierai pas de me mettre en conflit avec lui », assure-t-il. Avant de résumer sa position en une formule : « Bouaké, le ministre Bouaké, reste mon grand frère. C’est un ami. »
Dosso revendique un rôle de « faiseur de ponts »
Le ministre délégué ne s’est pas contenté de démentir une brouille personnelle. Il a également défini le rôle qu’il entend jouer dans les rapports entre les différents acteurs politiques et sociaux du Worodougou. « Mon rôle, c’est de faire en sorte que je puisse construire des ponts entre les gens pour que les gens puissent se parler. Mon rôle n’est pas d’approfondir les différends ou de les préserver », a-t-il expliqué.
Une manière de prendre ses distances avec toute logique de clans. « Ce n’est pas parce que tu ne parles pas avec telle personne que je ne veux pas parler avec elle. Tu ne parles pas avec telle personne, moi je vais parler avec elle pour faire en sorte que vous puissiez vous parler », a-t-il poursuivi.
Le message vaut aussi pour les relations avec les élus locaux.
Dosso a notamment cité le député de Dualla-Massala, Aboubacar Sidicki Dosso, qu’il reconnaît avoir combattu lors des dernières échéances électorales. « J’ai fait campagne contre lui. Je l’ai cherché », a-t-il reconnu, avant de rappeler qu’un élu de la République reste, une fois élu, un représentant de tous. « C’est un élu de la République, donc c’est mon député », a-t-il déclaré.
La bataille politique reléguée au second plan
Cette volonté d’apaisement intervient alors que la région du Worodougou apparaît comme un terrain politique où les équilibres entre cadres, élus et responsables gouvernementaux sont scrutés de près.
Adama Dosso dit avoir choisi l’occasion du Maouloud pour clarifier la situation devant un public nombreux. « Ce n’est pas toujours qu’on a la possibilité d’avoir un public aussi large pour faire comprendre cette affaire », a-t-il expliqué. Il assure d’ailleurs avoir informé Bouaké Fofana de sa venue à Somana et des actions qu’il comptait y mener.
L’inauguration de l’établissement sanitaire a été accompagnée de la remise d’une ambulance médicalisée destinée à renforcer les capacités d’évacuation et de prise en charge des patients. Pour Adama Dosso, ce type d’initiative doit précisément primer sur les querelles politiques. « Notre région a besoin de développement. Notre région a besoin de paix. Notre région a besoin de solidarité », a-t-il martelé, appelant les cadres et les populations à participer aux réflexions sur l’avenir de la région.« Les guerres de tranchées ne nous amènent à rien »
Derrière la dénégation d’un conflit personnel, le ministre dessine donc une ligne politique : éviter que les rivalités entre cadres ne se transforment en fractures au sein du Worodougou. « Les guerres de tranchées, ça ne nous amène à rien », a-t-il lancé, invitant les différents protagonistes à dépasser leurs désaccords.
Adama Dosso entend ainsi inscrire son action dans une logique de rassemblement, en revendiquant des relations avec l’ensemble des composantes de la région, y compris celles qui ne partageraient pas nécessairement ses positions politiques. Une posture qu’il rattache directement aux orientations du chef de l’État. « Nous avons beaucoup plus à gagner en travaillant ensemble qu’en nous divisant », a-t-il insisté, appelant à rester unis autour des « idéaux de paix et de progrès » portés par le président Alassane Ouattara.
À Somana, le message est donc sans ambiguïté : si des divergences existent entre les différents responsables du Worodougou, Adama Dosso refuse qu’elles deviennent une guerre ouverte.
Face aux rumeurs de rivalité avec Bouaké Fofana, il préfère parler de fraternité, de dialogue et de développement.Reste à savoir si cette main tendue contribuera à apaiser durablement les rapports entre les différentes sensibilités politiques de la région.
Pour l’heure, Adama Dosso se veut le « bâtisseur de ponts », plutôt que le chef d’une nouvelle bataille de tranchées.
Maxime KOUADIO








