Longtemps cantonné à un rôle secondaire dans le paysage agricole ivoirien, le cocotier pourrait changer de statut. À l’occasion de la Journée mondiale de la noix de coco, célébrée ce mercredi 2 septembre 2026, le gouvernement affiche une ambition nouvelle : faire de cette culture un levier de souveraineté agricole, de création de valeur et d’amélioration des revenus ruraux.
Pour sa deuxième édition nationale, la célébration intervient dans un environnement où les systèmes agricoles sont confrontés à plusieurs pressions. Changements climatiques, incertitudes économiques, tensions sur les marchés et bouleversements géopolitiques obligent les pays producteurs à repenser leurs stratégies. Le thème international retenu cette année : « La noix de coco en période d’incertitude : garantir la sécurité alimentaire, énergétique et les moyens de subsistance », illustre précisément ces nouveaux enjeux.
Pour les autorités ivoiriennes, le défi consiste désormais à ne plus considérer le coco comme une simple production destinée à être écoulée, mais comme une filière capable de générer davantage de valeur tout au long de sa chaîne.
Un secteur appelé à changer d’échelle

Le gouvernement veut agir sur plusieurs fronts à la fois. L’augmentation de la production demeure un objectif, mais elle doit désormais s’accompagner d’une transformation plus importante des récoltes sur le territoire national.
L’amande, la coque et la fibre de la noix sont autant de ressources susceptibles d’alimenter de nouvelles activités économiques. La production de lait, de farine et d’huile de coco figure notamment parmi les pistes privilégiées pour renforcer l’offre locale et répondre aux besoins alimentaires.
Cette orientation traduit une volonté plus large : conserver en Côte d’Ivoire une part plus importante de la richesse créée par la filière.
La transformation locale apparaît ainsi comme l’un des principaux ressorts de cette nouvelle politique. Elle doit permettre de diversifier les débouchés, soutenir l’activité industrielle et, à terme, offrir de nouvelles sources de revenus aux producteurs.
La recherche au cœur de la relance
Le pari ivoirien repose également sur la capacité du pays à adapter ses plantations aux nouvelles contraintes climatiques.
La station de recherche Marc Delorme du Centre national de recherche agronomique (CNRA) occupe une place centrale dans cette stratégie. Ses ressources génétiques consacrées au cocotier doivent contribuer à la sélection et à la diffusion de variétés plus performantes.
La mise au point d’hybrides à haut rendement et mieux adaptés aux conditions climatiques constitue notamment une priorité. Pour les autorités, le renouvellement progressif des vergers est indispensable pour préserver la productivité des exploitations et renforcer la résilience de la filière.
Cette dimension scientifique pourrait donc devenir déterminante dans les prochaines années, alors que les producteurs doivent composer avec un environnement agricole de plus en plus incertain.
Abidjan veut aussi peser à l’international
La Côte d’Ivoire cherche parallèlement à renforcer sa position sur le marché mondial du coco.
En décembre 2023, lors de la 59e session de l’organisation tenue en Indonésie, le pays a été admis à l’unanimité au sein de la Communauté internationale de la noix de coco (ICC). Une adhésion officialisée en décembre 2024 avec l’adoption, en Conseil des ministres, du décret portant accession de la Côte d’Ivoire au traité constitutif de cette organisation.
La Côte d’Ivoire est ainsi devenue le premier pays d’Afrique de l’Ouest à intégrer cette instance intergouvernementale spécialisée.
Pour Abidjan, cette présence doit ouvrir davantage de possibilités en matière de coopération, de partenariats et d’accès aux opportunités offertes par le marché international.
Le producteur au centre du dispositif
Derrière les ambitions industrielles et commerciales, le gouvernement veut également s’attaquer aux difficultés auxquelles sont confrontés les planteurs.
L’accès à du matériel végétal performant et à des intrants de qualité figure parmi les priorités. Les mécanismes d’accompagnement mis en œuvre à travers le Conseil Hévéa-Palmier à Huile-Coco doivent contribuer à faciliter cet accès.
La stratégie prévoit également de renforcer l’inclusion des jeunes et de soutenir l’autonomisation des coopératives féminines. L’objectif est de faire de la filière un espace plus attractif pour l’emploi et l’entrepreneuriat en milieu rural.
La question foncière occupe une autre place importante. À travers l’encadrement des producteurs et la politique de gratuité du certificat foncier, les autorités souhaitent sécuriser davantage les exploitations et encourager les investissements dans les plantations.
À cela s’ajoute la recherche de mécanismes susceptibles de garantir une meilleure rémunération aux producteurs.
Cinq leviers pour construire une filière plus solide
La stratégie gouvernementale s’articule autour de plusieurs priorités. La première consiste à renforcer la contribution du coco à la sécurité alimentaire grâce à une meilleure valorisation de ses dérivés.
La deuxième vise à améliorer la compétitivité de la filière en développant la transformation locale. La troisième concerne l’adaptation au changement climatique, notamment à travers le renouvellement des vergers et l’utilisation de matériel végétal plus performant.
Le quatrième axe porte sur le financement et l’inclusion des producteurs, des jeunes et des organisations féminines. Enfin, le cinquième concerne la sécurisation foncière et l’accompagnement des exploitants.
À travers ces différents leviers, la Côte d’Ivoire entend progressivement construire une filière davantage structurée, depuis la recherche agronomique jusqu’à la commercialisation des produits finis.
Le pari est donc plus large que celui d’une hausse des volumes produits. Il s’agit de faire du cocotier une activité agricole capable de nourrir, d’employer, de générer des revenus et d’alimenter une industrie locale.
À l’occasion de cette Journée mondiale ce mercredi, le gouvernement invite ainsi producteurs, chercheurs, industriels, coopératives et partenaires au développement à conjuguer leurs efforts. Avec cette nouvelle orientation, le cocotier, surnommé « l’arbre de vie », pourrait progressivement s’imposer comme l’un des nouveaux relais de la stratégie agricole ivoirienne.
Maxime KOUADIO








